Mon enfant parle, mais peine à raconter sa journée : pourquoi ?
Mon enfant parle, mais peine à raconter sa journée : pourquoi ?
« Qu’as-tu fait à l’école aujourd’hui ? »
Une question toute simple, à laquelle certains enfants répondent pourtant avec difficulté. Ils disent « rien », énumèrent quelques éléments sans lien ou commencent une histoire que leur interlocuteur peine à comprendre.
Pourtant, ces enfants peuvent être capables de parler, de faire des phrases et de participer à des conversations quotidiennes.
Pourquoi raconter est-il parfois si compliqué ?
Raconter, c’est bien plus que parler
Pour raconter un événement, l’enfant doit mobiliser simultanément plusieurs compétences :
- La mémoire : retrouver les informations importantes.
- L’organisation temporelle : remettre les événements dans le bon ordre.
- Le langage : choisir les mots et construire des phrases compréhensibles.
- Les liens logiques : expliquer pourquoi les choses se sont produites.
- La communication : donner suffisamment d’informations à quelqu’un qui n’a pas vécu la situation.
Par exemple, raconter « On a joué, après il est tombé et la maîtresse est venue » suppose que l’interlocuteur sache de qui l’enfant parle. Sans cette précision, le récit devient difficile à comprendre.
Que nous apprend la recherche ?
Une revue systématique publiée en octobre 2026 par Gupta et ses collègues s’est intéressée aux méthodes utilisées pour évaluer les récits personnels des enfants et adolescents de 4 à 18 ans.
Les chercheurs montrent que le récit constitue une situation particulièrement intéressante pour observer le langage fonctionnel.
L’analyse peut porter sur plusieurs dimensions : l’organisation générale de l’histoire, les informations transmises, les compétences linguistiques et l’adaptation à l’interlocuteur.
La revue souligne cependant une importante diversité des méthodes d’évaluation. Elle ne propose donc pas un test unique permettant de diagnostiquer les difficultés narratives.
Quand faut-il être attentif ?
Il est normal qu’un jeune enfant ait besoin d’aide pour organiser ses récits. Les compétences narratives se développent progressivement.
Certaines difficultés méritent néanmoins une attention particulière lorsqu’elles persistent et gênent la communication :
- L’enfant peine régulièrement à raconter un événement vécu.
- Il passe d’une idée à l’autre sans lien apparent.
- Il oublie les informations essentielles pour comprendre son histoire.
- Il utilise des mots très imprécis, comme « truc », « ça » ou « lui », sans que l’on sache à quoi ils correspondent.
- Ses difficultés apparaissent dans plusieurs situations, à la maison comme à l’école.
Ces observations ne suffisent pas, à elles seules, à identifier un trouble développemental du langage.
Comment aider son enfant à la maison ?
1. Partir d’un événement partagé
Commencez par une situation que vous avez vécue ensemble : une sortie, un anniversaire ou une activité amusante. Vous pourrez ainsi aider l’enfant sans lui demander de tout reconstruire seul.
2. Donner un modèle
« D’abord, nous sommes allés au parc. Ensuite, tu as retrouvé ton copain. Et à la fin, nous avons pris un goûter. »
L’enfant entend ainsi une manière claire d’organiser les événements.
3. Poser des questions qui aident à structurer
« Qui était avec toi ? », « Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? », « Pourquoi était-il triste ? »
Évitez toutefois d’enchaîner trop de questions : raconter doit rester un moment de partage, pas un interrogatoire.
4. Reformuler sans interrompre systématiquement
Si l’enfant dit : « Lui tombé et après pleure », vous pouvez répondre naturellement : « Ah, ton copain est tombé et ensuite il s’est mis à pleurer ! »
Vous enrichissez ainsi son langage tout en valorisant son intention de communiquer.
Et à l’école ?
Les compétences narratives interviennent également dans la compréhension des histoires, les explications orales et, progressivement, les productions écrites.
Les enseignants peuvent soutenir ces compétences en utilisant des repères temporels, des images séquentielles ou des trames narratives.
Quand consulter un orthophoniste ?
Lorsque les difficultés à raconter sont fréquentes, persistent malgré l’accompagnement de l’entourage ou retentissent sur la communication et les apprentissages, un bilan orthophonique peut être indiqué.
L’orthophoniste pourra examiner les compétences narratives, mais aussi le vocabulaire, la morphosyntaxe, la compréhension et les autres dimensions du langage.
À retenir : un enfant peut savoir faire des phrases tout en éprouvant des difficultés à organiser et transmettre une histoire. Comprendre la nature de ces difficultés permet de proposer un accompagnement plus adapté.
Référence scientifique
Gupta, V., Malone, S., Dipper, L., & Westerveld, M. F. (2026). Assessment of Personal Narrative Skills in Children Aged 4–18 Years: A Systematic Review. Language, Speech, and Hearing Services in Schools.
https://doi.org/10.1044/2026_LSHSS-25-00115
Cabinet d’orthophonie Saara Zarkik — Comprendre le langage, accompagner le développement.